# Comment effectuer la comptabilisation d’un gain de change

Les entreprises qui réalisent des opérations commerciales ou financières en devises étrangères sont exposées aux fluctuations des taux de change. Ces variations peuvent engendrer des bénéfices inattendus lorsque l’évolution des cours leur est favorable. La maîtrise de la comptabilisation des gains de change représente un enjeu crucial pour l’établissement de comptes annuels fidèles et conformes aux normes comptables françaises. Depuis la réforme introduite par le règlement n°2015-05 de l’Autorité des Normes Comptables, les modalités d’enregistrement ont évolué pour distinguer clairement la nature des opérations génératrices d’écarts de conversion. Comprendre ces mécanismes comptables permet non seulement d’assurer la conformité réglementaire, mais également d’optimiser la gestion de la trésorerie et d’anticiper l’impact fiscal de ces opérations sur le résultat de votre entreprise.

Définition et cadre réglementaire des gains de change selon le PCG

Un gain de change correspond à l’écart positif constaté entre la valeur d’une créance ou d’une dette en devise étrangère au moment de son enregistrement initial et sa valeur lors du règlement effectif ou à la clôture de l’exercice. Cette différence favorable résulte de l’évolution du cours de change entre ces deux dates. Le Plan Comptable Général encadre précisément ces opérations depuis le 1er janvier 2017, suite à l’entrée en vigueur du règlement n°2015-05 du 2 juillet 2015.

Ce texte réglementaire a introduit une distinction fondamentale entre les opérations selon leur nature. Les gains de change issus d’opérations commerciales – telles que les achats et ventes de marchandises, les prestations de services avec des clients ou fournisseurs étrangers – sont désormais enregistrés dans le compte 756 Gains de change sur créances et dettes commerciales. Cette classification permet de rattacher directement ces produits au cycle d’exploitation de l’entreprise.

Parallèlement, les gains générés par des opérations financières – comme les emprunts, les prêts ou les placements en devises – doivent être comptabilisés dans le compte 766 Gains de change sur opérations financières. Cette séparation offre une meilleure lisibilité du compte de résultat et facilite l’analyse de la performance opérationnelle distincte de la gestion financière. Selon les statistiques de la Banque de France, environ 68% des entreprises françaises exportatrices sont exposées au risque de change, ce qui souligne l’importance d’une comptabilisation rigoureuse de ces écarts.

Le principe d’image fidèle impose aux entreprises de convertir systématiquement leurs créances et dettes en devises au cours de clôture, même lorsque ces opérations ne sont pas encore dénouées.

L’article 38-4 du Code général des impôts confirme cette obligation d’évaluation en précisant que les entreprises détenant des devises ou ayant des créances et dettes libellées en monnaies étrangères doivent procéder à cette conversion à chaque clôture d’exercice. Le cours à retenir correspond généralement au dernier cours officiel publié par la Banque de France, dont la date de publication est la plus proche de celle de la clôture. Cette règle garantit une uniformité des pratiques comptables et une comparabilité des états financiers entre entreprises.

Identification des opérations générant des écarts de conversion positifs

La reconnaissance d’un gain de change nécessite d’identifier avec précision les opérations susceptibles de générer de tels écarts. Cette identification constitue la

première étape pour sécuriser la comptabilisation des gains de change. En pratique, presque tous les cycles comptables peuvent être concernés : achats, ventes, trésorerie, financement, voire placements. L’enjeu est donc de cartographier les flux en devises afin de repérer où peuvent se former des écarts de conversion positifs, qu’ils soient latents (à la clôture) ou réalisés (au règlement).

Concrètement, un gain de change apparaît chaque fois que la variation du taux de change entre la date d’origine de l’opération et sa date de dénouement joue en faveur de l’entreprise. Pour une dette en devise, le gain de change correspond à une diminution du montant à payer en euros. Pour une créance, il s’agit d’une augmentation du montant encaissé en euros. Vous le voyez : le même mouvement de marché peut être favorable à une entreprise et défavorable à une autre, selon qu’elle est débitrice ou créancière dans la devise concernée.

Transactions commerciales en devises étrangères avec les fournisseurs

Les achats de marchandises, de matières premières ou de prestations de services auprès de fournisseurs étrangers sont l’une des sources les plus fréquentes de gains de change. À la date de la facture, la dette est comptabilisée en euros au cours du jour. Tant que la facture n’est pas réglée, le montant en devise demeure inchangé, mais sa contre-valeur en euros évolue au gré des taux de change.

Un gain de change réalisé apparaît lorsque, au moment du paiement, la devise étrangère s’est dépréciée par rapport à l’euro. L’entreprise règlera alors moins d’euros que la valeur initialement enregistrée en comptabilité. À l’inverse, si la devise s’est appréciée, il s’agira d’une perte de change. À la clôture, si la dette n’est pas encore réglée, un gain latent peut également être constaté lorsque la réévaluation de la dette au cours de clôture fait apparaître une baisse de sa valeur en euros.

Sur le plan comptable, pour des dettes fournisseurs, les gains de change réalisés ou latents liés à ces opérations commerciales sont constatés en compte 756 Gains de change sur créances et dettes commerciales. L’utilisation correcte de ce compte permet de rattacher ces gains à l’activité d’exploitation et d’analyser finement la compétitivité des achats internationaux de l’entreprise.

Créances clients libellées en dollars, euros ou autres monnaies

Les entreprises exportatrices, ou celles qui facturent des prestations de services à l’étranger, détiennent des créances clients libellées en devises. Comme pour les dettes fournisseurs, ces créances sont converties en euros au cours de la date de facturation, puis réévaluées à la clôture. Le risque – ou l’opportunité – de change est ici inversé : une appréciation de la devise étrangère par rapport à l’euro est favorable à l’entreprise.

Un gain de change réalisé naît au moment de l’encaissement lorsque le montant en euros reçu est supérieur à la valeur initialement enregistrée de la créance. Imaginons une facture en dollars : si, entre la date de facturation et la date de paiement, le dollar se renforce, la même somme en devise représentera plus d’euros pour l’entreprise, créant ainsi un gain de change. Ce mécanisme est central pour la performance des sociétés exportatrices, dont une partie du résultat peut provenir de ces variations.

Comptablement, les gains de change sur créances commerciales sont, eux aussi, enregistrés en 756. À la clôture, les écarts de conversion positifs (gains latents) sont constatés via le compte 477 Différences de conversion – Passif, sans passer immédiatement par le compte de résultat. Le gain ne devient un produit comptable qu’au moment du règlement, lorsque l’écart est définitivement réalisé.

Emprunts et prêts en devises sur les marchés internationaux

Au-delà des flux commerciaux, de nombreuses entreprises recourent à des emprunts en devises (dollars, yens, francs suisses, etc.) pour financer leurs investissements, ou accordent des prêts en devises à leurs filiales ou partenaires. Dans ces cas, l’exposition au risque de change se situe sur la dette ou la créance financière elle-même, ainsi que sur les intérêts qui y sont attachés.

Un gain de change sur un emprunt survient lorsque la devise de l’emprunt se déprécie par rapport à l’euro. Le capital restant dû, une fois converti, représente alors un montant inférieur à celui initialement comptabilisé. L’entreprise rembourse moins en euros que ce qu’elle avait enregistré, générant ainsi un produit financier. À l’inverse, pour un prêt consenti en devise, un gain de change sera constaté si la devise s’apprécie, car la créance vaudra plus en euros au moment du remboursement.

Les gains de change sur ces opérations sont enregistrés en compte 766 Gains de change sur opérations financières. Cette distinction par rapport au compte 756 est essentielle : elle permet de séparer les effets de la gestion financière (structure de financement, politique de trésorerie) des performances liées au cœur de métier de l’entreprise.

Comptes bancaires multidevises et placements en monnaies étrangères

Nombre d’entreprises disposent désormais de comptes bancaires multidevises, ou réalisent des placements en devises (dépôts à terme, comptes rémunérés, titres en monnaies étrangères, etc.). Ces instruments génèrent également des gains de change, indépendamment même des flux commerciaux ou d’emprunt associés. C’est le cas, par exemple, lorsque vous laissez en banque un solde important en dollars et que cette devise se renforce avant la clôture de l’exercice.

Les gains de change liés à ces comptes et placements sont, sauf exception particulière (notamment pour certains établissements financiers), rattachés au compte 766. Ils traduisent la bonne – ou la moins bonne – gestion de la trésorerie en devises. Comme pour une action dont la valeur augmente en bourse, tant que le solde en devise n’est pas converti en euros, le gain reste latent. C’est au moment de la conversion effective en euros (ou de la clôture du compte devise) que le gain devient réalisé et impacte le compte de résultat.

Pour sécuriser la comptabilisation des gains de change sur comptes multidevises, il est recommandé de mettre en place un rapprochement périodique entre les relevés bancaires, les cours officiels de change et la comptabilité. Cette démarche vous permet d’anticiper l’impact sur la trésorerie, mais aussi d’identifier d’éventuels arbitrages à effectuer avant la clôture (conversion, couverture, maintien des soldes en devise, etc.).

Calcul du gain de change selon la méthode du cours de clôture

Une fois les opérations génératrices d’écarts de conversion identifiées, reste à déterminer comment calculer précisément le gain de change. Le Plan Comptable Général et l’article 38-4 du CGI imposent une méthode fondée sur le cours de clôture pour l’évaluation des créances, dettes et avoirs en devises. Autrement dit, à chaque date de bilan, il faut comparer la valeur en euros initialement enregistrée et la valeur recalculée sur la base du dernier cours officiel.

Ce calcul permet de distinguer deux notions clés : l’écart de conversion (gain ou perte latent constaté à la clôture, tant que l’opération n’est pas dénouée) et la différence de change (gain ou perte réalisé, au moment du règlement effectif). C’est cette articulation qui va guider la comptabilisation dans les différents comptes : comptes de régularisation 476/477 pour les écarts de conversion et comptes de produits 756/766 pour les gains de change réalisés.

Détermination du taux de change à la date de facturation initiale

Le point de départ du calcul du gain de change est toujours le cours de la devise à la date d’origine de l’opération. Pour une facture d’achat ou de vente, il s’agit généralement de la date de facturation. Pour un emprunt ou un prêt, c’est la date de mise à disposition des fonds. Le Plan Comptable Général prévoit que la conversion en euros se fasse au cours du jour, c’est-à-dire le taux de change en vigueur à cette date.

En pratique, on retient le plus souvent le cours publié par la Banque de France à la date la plus proche de l’opération. Certaines entreprises, notamment celles qui réalisent un grand nombre de transactions en devises, optent pour un cours moyen mensuel ou un cours contractuel fixé avec la banque, sous réserve de rester cohérentes d’un exercice à l’autre. Quelle que soit la méthode retenue, l’important est de documenter le taux utilisé et de pouvoir le justifier en cas de contrôle.

Cette première conversion fixe la valeur de référence en euros de la créance, de la dette ou de l’avoir en devises. C’est par rapport à cette valeur que seront ensuite calculés les écarts de conversion à la clôture, puis le gain ou la perte de change lors du règlement effectif. On peut comparer cette valeur de référence à un « prix de revient » en euros de votre exposition au risque de change.

Application du taux de change à la date de règlement effectif

Le second élément clé du calcul est le taux de change en vigueur au moment du paiement ou de l’encaissement. C’est ce cours qui permet de déterminer le montant effectivement décaissé ou encaissé en euros. La différence avec la valeur de référence initiale correspond au gain ou à la perte de change réalisé.

Prenons un exemple simplifié : une facture fournisseur de 10 000 USD enregistrée au 1er mars, au cours de 1 EUR = 1,10 USD, soit 9 090,91 €. Si cette facture est réglée au 30 avril, alors que le cours est de 1 EUR = 1,20 USD, le montant à payer en euros sera de 8 333,33 € (10 000 / 1,20). L’entreprise réglera donc 757,58 € de moins que la dette initialement comptabilisée : cet écart favorable constitue un gain de change réalisé.

Pour les créances clients, le raisonnement est exactement symétrique. Une même évolution du taux de change pourra donc générer un gain de change pour une entreprise et une perte de change pour son partenaire étranger. C’est pourquoi il est essentiel, dès la signature d’un contrat en devise, d’anticiper les conséquences comptables et financières d’une variation potentielle des taux.

Calcul de l’écart de conversion positif en euros

Avant même le règlement, il peut exister un écart de conversion positif à la clôture de l’exercice, lorsque la réévaluation d’une créance ou d’une dette en devise au cours de clôture fait apparaître un gain latent. Comment le calculer ? La méthode est simple : on recalcule la contre-valeur en euros du montant en devise à la date de clôture, puis on la compare à la valeur de référence initiale.

En reprenant l’exemple précédent, imaginons qu’au 31 décembre, avant règlement, le cours soit de 1 EUR = 1,25 USD. La dette de 10 000 USD vaudrait alors 8 000 € (10 000 / 1,25). Par rapport à la valeur initiale de 9 090,91 €, on constate une diminution de 1 090,91 € de la dette en euros. Cet écart favorable représente un gain latent, enregistré en 477 Différences de conversion – Passif. Il ne sera toutefois pas immédiatement comptabilisé en gain de change dans le compte de résultat.

De manière générale, on peut résumer le calcul d’un écart de conversion positif par la formule suivante :

Écart de conversion positif (gain latent) = Valeur en euros initiale – Valeur en euros au cours de clôture

Si le résultat est positif pour une dette ou pour une créance, on se trouve en présence d’un gain latent. Ce gain ne deviendra un gain de change réalisé qu’au moment où l’opération sera dénouée (paiement, encaissement, remboursement d’emprunt, etc.).

Traitement des gains latents versus gains réalisés

La distinction entre gains de change latents et gains de change réalisés est au cœur du dispositif comptable et fiscal français. Les gains latents correspondent aux écarts de conversion constatés à la clôture sur des éléments en monnaies étrangères (créances, dettes, comptes bancaires) qui ne sont pas encore dénoués. Ils traduisent une situation potentiellement favorable, mais encore réversible si les cours de change évoluent dans l’autre sens.

Comptablement, ces gains latents sont enregistrés en 477 Différences de conversion – Passif pour les dettes et en 476 Différences de conversion – Actif pour les créances. Ils n’impactent pas immédiatement le résultat comptable, conformément au principe de prudence : seule une perte de change latente peut donner lieu à la constitution d’une provision (compte 1515 Provisions pour pertes de change). Les gains latents, eux, ne sont pas pris en compte au compte de résultat tant que l’opération n’est pas réalisée.

Les gains de change réalisés, en revanche, sont constatés lorsque l’opération en devise est définitivement dénouée : paiement d’un fournisseur, encaissement d’un client, remboursement d’un emprunt, conversion d’un compte en devise, etc. À ce moment, la différence entre la valeur initiale et le montant effectivement réglé ou encaissé en euros est enregistrée en produit, dans les comptes 756 ou 766 selon la nature de l’opération. C’est ce mécanisme qui vient alimenter le résultat de l’exercice et, in fine, la base imposable à l’impôt sur les sociétés.

Schémas d’écritures comptables pour les gains de change réalisés

Après avoir vu comment se calculent les gains de change, il est nécessaire de traduire ces écarts en écritures comptables concrètes. Les schémas suivants illustrent la comptabilisation des gains de change réalisés, que ce soit sur des opérations commerciales (comptes 411 et 401) ou financières (comptes 512, 164, etc.). L’objectif est de montrer comment les comptes de trésorerie, de tiers et de produits interagissent au moment du règlement.

On se focalisera ici sur les situations les plus courantes : règlement d’une facture client avec gain de change, paiement d’un fournisseur étranger à un cours favorable, et remboursement partiel d’un emprunt en devise générant un gain financier. À chaque fois, le principe reste identique : la différence entre la valeur de référence en euros et le montant effectivement payé ou encaissé est comptabilisée comme un produit de change.

Comptabilisation au débit du compte 512 banques

Dans le cas d’un gain de change sur une créance client en devises, le règlement se traduit par un encaissement plus élevé que la valeur initiale de la créance. Comptablement, cela se traduit par un débit plus important du compte 512 Banque que le montant porté au crédit du compte 411 Client lors de la comptabilisation de la facture.

Par exemple, une vente de 20 000 USD est enregistrée au 15 février au cours de 1 EUR = 1,25 USD, soit 16 000 €. L’écriture initiale est la suivante :

Débit 411 Client étranger : 16 000 €Crédit 707 Ventes de marchandises (ou 7079) : 16 000 €

Le 30 mars, le client règle les 20 000 USD alors que le cours est de 1 EUR = 1,20 USD. Le montant encaissé en banque est de 16 666,67 €. L’écriture de règlement est la suivante :

Débit 512 Banque : 16 666,67 €Crédit 411 Client étranger : 16 000,00 €Crédit 756 Gains de change sur créances et dettes commerciales : 666,67 €

Le compte 512 est donc bien débité du montant total encaissé, et l’écart favorable par rapport à la créance initiale est comptabilisé en produit dans le compte de gains de change approprié.

Enregistrement au crédit du compte 766 gains de change

Pour les opérations financières (emprunts, prêts, comptes en devises), le même mécanisme s’applique, mais le produit de change est enregistré dans le compte 766 Gains de change sur opérations financières. Prenons l’exemple d’un remboursement partiel d’emprunt en devises. Une société a contracté un emprunt de 200 000 USD comptabilisé initialement à 180 000 € (cours 1 EUR = 1,11 USD). Un an plus tard, elle rembourse une échéance de 20 000 USD alors que le cours est de 1 EUR = 1,25 USD.

La contre-valeur initiale de la part remboursée (20 000 USD) est de 18 000 € (en reprenant le cours d’origine). Au moment du remboursement, la banque débite le compte 512 de 16 000 € (20 000 / 1,25). L’écart de 2 000 € constitue un gain de change financier. L’écriture sera la suivante :

Débit 164 Emprunts auprès d’établissements de crédit : 18 000 €Crédit 512 Banque : 16 000 €Crédit 766 Gains de change sur opérations financières : 2 000 €

Ce schéma illustre clairement la logique comptable : la dette en euros est diminuée de son montant de référence, tandis que la trésorerie ne supporte qu’un paiement inférieur grâce à l’évolution favorable du taux de change. La différence est reconnue comme un produit financier dans le compte de résultat.

Lettrage et rapprochement avec les factures d’origine

Une étape souvent sous-estimée, mais essentielle pour sécuriser la comptabilisation des gains de change, est le lettrage et le rapprochement des règlements avec les factures d’origine. Sans ce travail fin, il devient difficile d’expliquer, en cas de contrôle ou d’audit, l’origine des gains de change constatés et la cohérence des montants enregistrés.

Concrètement, chaque règlement en devise doit être rapproché de la facture correspondante en euros et faire l’objet d’un lettrage dans les comptes de tiers (401 ou 411). Le montant du gain de change doit être expliqué par la différence entre la valeur de la créance ou de la dette à l’origine et le montant effectivement débité ou crédité en banque. Une bonne pratique consiste à conserver, avec la pièce comptable, la preuve du cours de change retenu (relevé de banque, capture d’écran des cours de la Banque de France, etc.).

Ce processus de lettrage permet également de s’assurer que les écarts de conversion latents constatés lors des clôtures précédentes ont bien été extournés et reclassés en gains ou pertes de change réalisés au moment du dénouement de l’opération. En d’autres termes, il garantit une traçabilité complète de l’opération en devise, de sa naissance à son extinction, en passant par les différents ajustements de change intervenus.

Traitement fiscal des gains de change et impact sur l’IS

Du point de vue fiscal, les gains de change constituent, en principe, des produits imposables soumis à l’impôt sur les sociétés (IS) au taux normal ou réduit selon le régime applicable à l’entreprise. L’article 38-4 du CGI impose de prendre en compte, dans le résultat fiscal, non seulement les gains réalisés, mais aussi les gains résultant de l’évaluation des créances et dettes en devises à la clôture, lorsque ces gains ont été comptabilisés au compte de résultat.

Dans la pratique, la plupart des entreprises ne comptabilisent pas les gains de change latents en résultat, mais seulement via les comptes de différences de conversion 476/477. Les gains latents n’impactent donc pas immédiatement le résultat comptable, et ne sont pas intégrés dans le résultat fiscal. En revanche, au moment du règlement, le gain de change réalisé enregistré en 756 ou 766 vient augmenter le bénéfice imposable de l’exercice.

Il existe toutefois quelques situations particulières, notamment pour certains établissements de crédit ou entreprises d’investissement, où les écarts de conversion latents sur titres ou devises peuvent être pris en compte dès la clôture. Par ailleurs, pour certains emprunts contractés pour financer des biens destinés à être donnés en location, l’administration fiscale admet, sous conditions strictes, une neutralisation des écarts de change latents. Ces régimes spécifiques nécessitent une analyse au cas par cas et un suivi documentaire rigoureux.

En matière de retraitements extra-comptables, il faut veiller à la cohérence entre résultat comptable et résultat fiscal. Si des gains de change latents ont été comptabilisés en produit (par exemple chez certains acteurs financiers), ils doivent être inclus dans le résultat fiscal, sauf dispositif de neutralisation prévu par les textes. De même, les gains de change réalisés ne font l’objet d’aucune correction sur la liasse fiscale : ils sont pleinement imposables, au même titre que les autres produits d’exploitation ou financiers.

Déclaration des gains de change dans les annexes comptables et liasse fiscale

Au-delà du simple enregistrement en comptabilité générale, les gains de change doivent être présentés de manière transparente dans les annexes comptables et dans la liasse fiscale. Pour les comptes annuels, l’annexe doit notamment décrire les méthodes de conversion des opérations en devises, préciser les principaux montants de créances et dettes en monnaies étrangères, et, le cas échéant, indiquer les principales expositions au risque de change de l’entreprise.

Les gains et pertes de change réalisés apparaissent dans le compte de résultat, dans les rubriques « Produits financiers » ou « Autres produits d’exploitation », selon qu’il s’agit d’opérations financières (766) ou commerciales (756). L’annexe peut utilement fournir un tableau de ventilation des gains et pertes de change par nature d’opération (achats, ventes, emprunts, prêts, comptes bancaires en devises), permettant aux lecteurs des comptes de mieux appréhender l’origine de ces écarts.

Sur le plan fiscal, les gains de change réalisés sont intégrés dans le résultat comptable de départ repris sur le formulaire 2050 (bilan) et 2052 (compte de résultat) de la liasse fiscale. Sauf cas particuliers, ils ne nécessitent pas de retraitement spécifique dans le tableau de détermination du résultat fiscal (formulaire 2058-A), contrairement à certaines provisions pour pertes de change qui, elles, peuvent être réintégrées lorsqu’elles ne sont pas fiscalement déductibles.

En cas de gains de change latents comptabilisés en résultat (situation spécifique à certains secteurs), une attention particulière doit être portée aux retraitements extra-comptables à effectuer pour respecter les règles fiscales. Enfin, il est recommandé de documenter, dans un dossier de travail, l’ensemble des calculs d’écarts de conversion et des gains de change, ainsi que les cours de change utilisés. Cette documentation facilitera la justification des montants déclarés en cas de contrôle fiscal ou d’audit externe, et vous permettra d’aborder plus sereinement la gestion de vos opérations en devises.