# Réaliser une écriture comptable d’amortissement linéaire pas à pas
L’amortissement linéaire constitue l’une des pratiques comptables les plus fondamentales pour toute entreprise détenant des immobilisations. Cette technique permet de répartir de manière uniforme le coût d’acquisition d’un bien sur sa durée d’utilisation prévue, constatant ainsi la dépréciation progressive de l’actif. Contrairement aux idées reçues, la maîtrise de cette écriture comptable ne requiert pas une expertise approfondie, mais plutôt une compréhension méthodique des principes établis par le Plan Comptable Général. Chaque année, lors de la clôture de l’exercice comptable, vous devrez enregistrer ces dotations aux amortissements pour refléter fidèlement la valeur réelle de votre patrimoine professionnel. Cette pratique n’est pas seulement une obligation réglementaire : elle constitue également un outil de gestion essentiel pour évaluer la performance économique de votre activité et anticiper les besoins de renouvellement de vos équipements.
Comprendre le mécanisme de l’amortissement linéaire selon le plan comptable général
Le Plan Comptable Général définit l’amortissement comme la répartition systématique du montant amortissable d’un actif en fonction de son utilisation. Cette définition, apparemment technique, cache une réalité opérationnelle simple : chaque immobilisation perd de la valeur au fil du temps, que ce soit en raison de l’usure physique, de l’obsolescence technologique ou simplement du passage des années. L’amortissement linéaire se distingue par sa simplicité : le montant déductible reste identique chaque année, offrant ainsi une prévisibilité appréciable dans la gestion budgétaire. Cette méthode représente le mode d’amortissement de droit commun en France, applicable à l’ensemble des immobilisations corporelles et incorporelles, sauf exceptions spécifiques prévues par la législation fiscale.
Contrairement à l’amortissement dégressif qui concentre les déductions sur les premières années, l’amortissement linéaire suit une logique de régularité et de constance. Cette caractéristique en fait un choix privilégié pour les entreprises recherchant une stabilité dans leurs charges annuelles. Selon les statistiques de l’Autorité des Normes Comptables, près de 78% des PME françaises utilisent exclusivement cette méthode pour leurs immobilisations, témoignant de sa pertinence pratique dans le tissu économique national.
Définition de la base amortissable et valeur résiduelle
La base amortissable constitue le point de départ de tout calcul d’amortissement. Elle correspond au coût d’acquisition de l’immobilisation, diminué de sa valeur résiduelle prévisionnelle. Le coût d’acquisition englobe non seulement le prix d’achat hors taxes, mais également l’ensemble des frais directement attribuables à la mise en état d’utilisation du bien : frais de transport, d’installation, de mise en service, et droits de douane le cas échéant. Cette approche globale garantit que la totalité de l’investissement nécessaire soit prise en compte dans le calcul de l’amortissement.
La valeur résiduelle, quant à elle, représente le montant estimé qu’une entité obtiendrait de la cession de l’actif à la fin de sa durée d’utilité, après déduction des coûts de sortie attendus. Dans la pratique comptable française, cette valeur résiduelle est fréquemment considérée comme nulle, notamment pour le matériel informatique ou les véhicules professionnels dont la valeur de revente après plusieurs années d’usage devient négligeable. Toutefois, pour certaines catégories d
être de l’actif, comme certains matériels industriels ou des constructions, la valeur résiduelle peut être significative (par exemple en cas de revente sur un marché d’occasion structuré). Dans ce cas, il est indispensable de l’estimer de manière raisonnable dès l’origine, car elle viendra diminuer la base amortissable et donc le montant des dotations annuelles. Autrement dit, plus la valeur résiduelle est élevée, moins la charge d’amortissement linéaire sera importante chaque année. Vous le voyez : bien définir la base amortissable, c’est déjà sécuriser la suite de vos écritures d’amortissement linéaire.
Calcul de l’annuité constante et du taux d’amortissement linéaire
Une fois la base amortissable déterminée, le calcul de l’annuité d’amortissement linéaire reste très simple. Le principe est le suivant : on répartit la base amortissable de façon égale sur la durée d’utilisation prévue du bien. Le taux d’amortissement linéaire se calcule mécaniquement en divisant 100 par le nombre d’années de la durée d’amortissement : pour une durée de 5 ans, le taux est de 20 %, pour 4 ans il est de 25 %, pour 3 ans de 33,33 %, etc. Ce taux, appliqué à la base amortissable, donne le montant de l’annuité constante à comptabiliser chaque année (hors prorata temporis).
La formule de calcul de l’annuité d’amortissement linéaire est donc la suivante : Annuité = Base amortissable × (100 / durée d’amortissement en années) %. En pratique, la plupart des logiciels comptables automatisent cette opération dès que vous renseignez le coût d’acquisition, la date de mise en service et la durée d’amortissement. Toutefois, comprendre le mécanisme permet de contrôler la cohérence des montants et d’identifier d’éventuelles erreurs de paramétrage. Pensez également que cette annuité constitue une charge comptable récurrente, qui impactera votre résultat chaque année de manière identique : cela facilite grandement l’établissement de prévisionnels financiers.
Durée d’utilisation fiscale selon les catégories d’immobilisations
La durée d’utilisation d’une immobilisation doit, en principe, refléter sa durée de vie économique réelle, c’est-à-dire la période pendant laquelle l’actif générera des avantages économiques pour l’entreprise. Cependant, l’administration fiscale publie des durées d’usage par catégorie d’immobilisation, qui servent de référence et de tolérance pour les entreprises, notamment les petites structures. Pour ces dernières, il est admis de retenir directement ces durées fiscales sans procéder à une analyse détaillée de la durée de vie économique de chaque bien.
À titre indicatif, on retrouve fréquemment les durées d’amortissement linéaire suivantes : 3 ans pour le matériel informatique et les logiciels standard, 4 à 5 ans pour les véhicules utilitaires, 5 à 10 ans pour l’outillage et le matériel de bureau, 10 ans pour le mobilier, et de 20 à 50 ans pour les constructions. L’utilisation de ces durées d’usage fiscales présente un double avantage : elle simplifie les calculs et limite les risques de remise en cause par l’administration lors d’un contrôle. Néanmoins, si la réalité économique s’écarte fortement de ces références (par exemple un serveur informatique utilisé intensivement et obsolète en moins de 3 ans), il peut être pertinent d’ajuster la durée d’amortissement comptable en conséquence.
Prorata temporis lors de l’acquisition en cours d’exercice
Dans de nombreux cas, l’immobilisation n’est pas mise en service le premier jour de l’exercice, mais en cours d’année. Pour respecter le principe de bonne information, il convient alors de calculer la première annuité d’amortissement linéaire au prorata temporis, c’est-à-dire en fonction du temps réel d’utilisation entre la date de mise en service et la date de clôture de l’exercice. La pratique courante en comptabilité française consiste à retenir une année de 360 jours, soit 30 jours par mois, afin de simplifier le calcul.
Concrètement, on applique la formule suivante : Annuité de la première année = Annuité pleine × (nombre de jours d’utilisation / 360). La dernière annuité d’amortissement est alors ajustée de manière symétrique, de sorte que la somme de toutes les annuités corresponde rigoureusement à la base amortissable. Cette gestion du prorata temporis est essentielle pour que l’écriture d’amortissement linéaire reflète correctement l’usure réelle du bien sur chaque exercice. Sans ce prorata, vous surévalueriez la charge de la première année et sous-évalueriez mécaniquement celle de la dernière.
Identifier les comptes du PCG concernés par l’écriture d’amortissement
Réaliser une écriture comptable d’amortissement linéaire suppose de bien identifier les comptes du Plan Comptable Général à utiliser. Trois familles de comptes interviennent systématiquement : les comptes de charges de dotations (classe 6, notamment le compte 681), les comptes d’amortissements (classe 2, série 28) et, en amont, les comptes d’immobilisations concernées (215, 218, etc.). L’écriture d’amortissement n’impacte pas directement le compte d’immobilisation : elle vient alimenter un compte d’amortissement qui se superpose à la valeur brute au bilan, comme une « réserve » d’usure accumulée au fil des années.
Vous créez ainsi un couple indissociable : immobilisation brute au débit (compte 21x ou 218x) et amortissement cumulé au crédit (compte 28x), la différence entre les deux constituant la valeur nette comptable. Du côté du compte de résultat, la charge d’amortissement est enregistrée dans un sous-compte du 681, ce qui vient diminuer le résultat de l’exercice. C’est précisément cette écriture, débit du compte 681 et crédit du compte 28, que nous allons détailler dans la suite de l’article.
Compte 681 : dotations aux amortissements et aux provisions
Le compte 681 « Dotations aux amortissements et aux provisions » regroupe l’ensemble des charges liées à la dépréciation des immobilisations et à la constitution de provisions d’exploitation. Pour les amortissements linéaires d’immobilisations corporelles et incorporelles, c’est plus précisément le sous-compte 6811 – Dotations aux amortissements sur immobilisations incorporelles et corporelles qui est utilisé. Chaque année, la dotation calculée constitue un débit de ce compte, qui viendra s’imputer dans le résultat d’exploitation.
En pratique, vous pouvez utiliser des sous-comptes analytiques du 6811, par exemple 68112 pour les immobilisations corporelles, afin de suivre plus finement la nature des dotations. Cette granularité est particulièrement utile lorsqu’une entreprise possède un parc important de matériels ou de véhicules. Gardez à l’esprit que la dotation au compte 6811 ne correspond pas à une sortie de trésorerie : il s’agit d’une charge calculée, qui traduit l’usure du patrimoine, à l’image d’un loyer que vous vous versez à vous-même pour l’utilisation de vos propres équipements.
Compte 28 : amortissements des immobilisations par nature
Le compte 28 rassemble les amortissements cumulés des immobilisations. Il s’agit d’un compte de passif particulier, qualifié de compte de contrepartie d’actif ou de compte correcteur : il vient en diminution de la valeur brute des immobilisations correspondantes au bilan. Chaque catégorie d’immobilisation possède son compte d’amortissement dédié, par exemple 28182 – Amortissements du matériel de transport ou 28183 – Amortissements du matériel de bureau et informatique. Cette spécialisation permet de rapprocher facilement le montant des amortissements cumulés de chaque famille de biens.
Lorsqu’on enregistre une écriture d’amortissement linéaire, le compte 28 concerné est crédité pour le montant de la dotation annuelle, ce qui augmente le cumul des amortissements. En face, la valeur brute de l’immobilisation, inscrite en compte 21x ou 218x, ne bouge pas. C’est la combinaison de ces deux informations qui donne la valeur nette comptable, utilisée notamment en cas de cession d’immobilisation ou de test de dépréciation. Une bonne pratique consiste à vérifier, à la clôture, que les soldes des comptes 28 coïncident avec les totaux de votre tableau des immobilisations pour chaque catégorie de biens.
Distinction entre compte 2183 pour le matériel industriel et 2154 pour le mobilier
Le choix du bon compte d’immobilisation conditionne l’affectation correcte des amortissements. Le Plan Comptable Général distingue, entre autres, les comptes 215 – Installations techniques, matériel et outillage industriels et 218 – Autres immobilisations corporelles. Le compte 2154 est généralement utilisé pour les matériels industriels lourds, intégrés au processus de production : machines-outils, lignes de production, équipements techniques spécifiques. À l’inverse, le compte 2183 – Matériel de bureau et matériel informatique accueille les matériels non industriels, tels que ordinateurs, imprimantes, photocopieurs, mais aussi certains équipements de bureautique.
Le mobilier (bureaux, chaises, armoires, comptoirs d’accueil) est, quant à lui, comptabilisé au compte 2184 – Mobilier. Cette distinction n’est pas purement théorique : elle conditionne le choix du compte d’amortissement (2815, 28183, 28184, etc.) et facilite l’analyse du parc d’immobilisations par nature. En cas de doute sur la classification, interrogez-vous sur l’usage principal du bien : s’agit-il d’un outil de production, d’un équipement de bureau ou d’un élément d’aménagement ? Cette réflexion vous guidera vers le compte adéquat, et donc vers le traitement d’amortissement linéaire le plus adapté.
Calculer l’annuité d’amortissement linéaire avec des exemples concrets
Après la théorie, place à la pratique. Pour bien maîtriser l’écriture comptable d’amortissement linéaire, rien ne vaut quelques cas concrets, inspirés des situations que rencontrent la plupart des entreprises. Nous allons passer en revue le cas d’une machine-outil, celui d’un véhicule utilitaire et le calcul spécifique d’une première annuité en cours d’exercice. Vous pourrez ainsi transposer ces méthodes à vos propres immobilisations, que vous soyez artisan, professionnel libéral ou dirigeant de PME.
Cas pratique d’une machine-outil acquise à 50 000 euros sur 5 ans
Imaginons qu’une entreprise industrielle acquière une machine-outil pour un montant de 50 000 € HT, mise en service le 1er janvier N. Les frais de transport et d’installation, pour 2 000 € HT, sont directement attribuables à la mise en état de fonctionnement du bien. La direction estime que la machine pourra être utilisée pendant 5 ans et qu’elle ne présentera pas de valeur résiduelle significative à l’issue de cette période. La base amortissable s’établit donc à 52 000 € (50 000 + 2 000), la valeur résiduelle étant supposée nulle.
Le taux d’amortissement linéaire sera égal à 100 / 5 = 20 %. L’annuité constante d’amortissement se calcule ainsi : 52 000 × 20 % = 10 400 € par année pleine. Le plan d’amortissement linéaire pour cette machine-outil sera donc composé de 5 annuités de 10 400 €, de N à N+4. À la fin de la cinquième année, les amortissements cumulés atteindront 52 000 € et la valeur nette comptable de la machine sera de 0 €. L’écriture comptable annuelle, au 31 décembre de chaque exercice, sera un débit de 10 400 € au compte 6811 et un crédit de 10 400 € au compte 2815 correspondant.
Amortissement d’un véhicule utilitaire selon les règles fiscales
Prenons maintenant le cas d’un véhicule utilitaire acquis pour 24 000 € HT, utilisé exclusivement à des fins professionnelles. Fiscalement, la durée d’usage admise pour un tel véhicule est généralement comprise entre 4 et 5 ans. Supposons que l’entreprise retienne une durée de 5 ans, en cohérence avec son plan de renouvellement de flotte. La base amortissable correspond à la valeur d’acquisition HT, la valeur résiduelle étant supposée très faible après 5 années de circulation.
Le taux d’amortissement linéaire est donc de 100 / 5 = 20 %, soit une annuité de 24 000 × 20 % = 4 800 € par an. Sur le plan fiscal, le véhicule utilitaire n’est pas soumis aux mêmes plafonds de déductibilité que les véhicules de tourisme, ce qui simplifie le traitement : l’intégralité de la dotation d’amortissement linéaire est en principe déductible. Comptablement, le véhicule sera immobilisé au compte 2182 « Matériel de transport » et amorti au compte 28182. Là encore, l’écriture se traduira chaque année par un débit de 4 800 € au compte 6811 et un crédit de 4 800 € au compte 28182, jusqu’à extinction complète de la base amortissable.
Calcul du premier exercice avec acquisition le 15 avril
Le calcul se complique légèrement lorsque l’acquisition intervient en cours d’exercice. Reprenons l’exemple du véhicule utilitaire de 24 000 € HT amorti sur 5 ans, mais cette fois avec une mise en service le 15 avril N et une clôture au 31 décembre N. L’annuité pleine reste de 4 800 €, mais la première année, il convient d’appliquer un prorata temporis. En retenant la convention des 360 jours, la période d’utilisation s’étend du 15 avril au 31 décembre, soit 255 jours (15 jours en avril + 8 mois complets × 30 jours).
L’annuité de la première année sera alors de 4 800 × (255 / 360) ≈ 3 400 €. Les quatre années suivantes (N+1 à N+4), le véhicule sera amorti pour une annuité pleine de 4 800 €. Enfin, la dernière fraction d’amortissement, en N+5, correspondra au solde de la base amortissable non encore amortie. Cette méthode garantit que la somme de toutes les annuités (y compris la première au prorata et la dernière ajustée) sera exactement égale à 24 000 €. L’écriture comptable du premier exercice consistera donc à enregistrer 3 400 € en dotation au compte 6811, contrepartie au compte 28182.
Traitement de la dernière annuité et clôture de l’amortissement
La dernière annuité d’amortissement linéaire est souvent perçue comme une simple formalité, mais elle joue un rôle clé dans la cohérence du plan d’amortissement. En effet, lorsque la première annuité a été calculée au prorata temporis, la dernière annuité doit être ajustée de façon à ce que la somme totale des dotations égale exactement la base amortissable. Dans la pratique, on recalcule le solde restant à amortir en fin de pénultième exercice et on l’impute intégralement en dernière année, même si cela conduit à une annuité légèrement différente de l’annuité théorique.
Lorsque le plan d’amortissement est intégralement consommé, la valeur nette comptable du bien devient nulle, mais l’immobilisation reste inscrite au bilan à sa valeur brute jusqu’à sa sortie du patrimoine (cession, mise au rebut, destruction). Il n’y a pas d’écriture spécifique de « clôture d’amortissement » : la dernière dotation au compte 6811, créditant le compte 28, suffit à constater l’extinction de la base amortissable. À ce stade, vous disposez d’un actif totalement amorti, qui ne génère plus de charge d’amortissement, mais qui continue éventuellement à être utilisé dans l’entreprise.
Enregistrer l’écriture comptable d’amortissement dans le journal des opérations diverses
Passons maintenant à la matérialisation de ces calculs dans votre comptabilité. L’écriture d’amortissement linéaire se saisit traditionnellement dans le journal des opérations diverses (OD), à la date de clôture de l’exercice, souvent le 31 décembre. Cette écriture n’a pas d’impact sur la trésorerie, mais elle modifie à la fois votre compte de résultat (via le compte 6811) et votre bilan (via le compte 28). La rigueur dans la saisie des montants, des dates et des libellés est essentielle pour garantir la fiabilité de vos états financiers.
Structure du débit au compte 6811 et crédit au compte 28
La structure de base d’une écriture d’amortissement linéaire est toujours la même : débit d’un compte de charges 6811 et crédit du compte d’amortissement 28 correspondant à la nature de l’immobilisation. Par exemple, pour amortir une machine-outil, vous débitez le compte 68112 « Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles » et créditez le compte 2815 « Amortissements des installations techniques, matériel et outillage industriels ». Pour un ordinateur, vous utiliserez 28183 et pour un véhicule utilitaire, 28182.
En pratique, une écriture type au 31/12/N pourrait se présenter ainsi : débit 68112 « Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles » pour 10 400 € et crédit 28154 « Amortissements du matériel industriel » pour 10 400 €, s’il s’agit d’un équipement industriel. Cette écriture traduit comptablement l’usure subie par le bien au cours de l’exercice et réduit d’autant le résultat imposable, dans la limite des règles fiscales applicables. C’est la répétition annuelle de cette écriture, avec le même montant (hors première et dernière année proratisées), qui matérialise le caractère linéaire de l’amortissement.
Libellé normalisé de l’écriture selon les recommandations de l’ANC
Le libellé de l’écriture doit être suffisamment explicite pour permettre, même plusieurs années après, de comprendre l’origine de la dotation. L’Autorité des Normes Comptables recommande des libellés clairs et normalisés, du type : « Dotation aux amortissements linéaires – Machine-outil X – Exercice N » ou « Amortissement linéaire véhicule utilitaire immatriculé XX-123-YY – Exercice N ». Évitez les libellés trop génériques tels que « Amortissements » qui ne facilitent ni le contrôle, ni les travaux de révision comptable.
Un bon libellé doit idéalement mentionner la méthode (linéaire), la nature de l’immobilisation (machine, véhicule, matériel informatique) et l’exercice concerné. Cette approche permet de rapprocher rapidement chaque écriture d’amortissement linéaire du bien correspondant dans le tableau des immobilisations. Dans un contexte de dématérialisation croissante et de contrôles automatisés, cette qualité de documentation devient un véritable atout, tant pour l’entreprise que pour son expert-comptable ou son commissaire aux comptes.
Numérotation et datation de l’écriture au 31 décembre
L’écriture d’amortissement linéaire est généralement passée en fin d’exercice, à la date de clôture (par exemple le 31 décembre), même si le calcul peut être préparé en amont. Dans les systèmes comptables informatisés, ces écritures de fin d’année font souvent l’objet d’une série spécifique, avec une numérotation continue dans le journal des opérations diverses. Il est recommandé de grouper les dotations d’amortissement d’un même exercice dans une plage d’écritures identifiable, afin de faciliter les contrôles ultérieurs.
La datation au 31/12/N permet de rattacher la charge d’amortissement à l’exercice concerné, conformément au principe d’indépendance des exercices. En cas d’erreur détectée après clôture, une écriture de régularisation pourra être passée sur l’exercice suivant, en veillant à documenter la correction. Là encore, une organisation rigoureuse – par exemple en établissant un dossier annuel « amortissements » incluant les plans par immobilisation et les numéros d’écritures correspondants – vous fera gagner un temps précieux lors des opérations de clôture.
Contrôler la cohérence du plan d’amortissement et du tableau des immobilisations
Calculer et enregistrer des amortissements linéaires ne suffit pas : il faut aussi en contrôler la cohérence. Deux outils se complètent à cet effet : le plan d’amortissement, établi par immobilisation, et le tableau des immobilisations, synthèse globale figurant dans vos annexes comptables. Le premier détaille, année par année, la valeur brute, l’annuité, les amortissements cumulés et la valeur nette comptable de chaque bien. Le second agrège ces informations par catégorie d’immobilisations (corporelles, incorporelles) et par nature (matériel, mobilier, véhicules…).
Pour vérifier la cohérence de vos écritures d’amortissement linéaire, quelques contrôles simples s’imposent : s’assurer que la somme des annuités enregistrées au compte 6811 correspond, pour chaque immobilisation, à l’annuité prévue dans le plan d’amortissement ; vérifier que le solde des comptes 28, par nature d’immobilisation, coïncide avec les amortissements cumulés figurant dans le tableau des immobilisations ; contrôler que la valeur nette comptable globale est égale à la différence entre le total des immobilisations brutes (comptes 21 et 218) et le total des amortissements (comptes 28). En cas d’écart, il convient de remonter jusqu’à l’exercice d’origine pour identifier l’année où une dotation n’a pas été passée ou l’a été pour un montant erroné.
Traiter les cas particuliers d’amortissement linéaire en comptabilité
Dans la réalité, le cycle de vie d’une immobilisation n’est pas toujours aussi linéaire que son amortissement. Cession avant la fin du plan, dépréciation exceptionnelle, erreur de durée ou de base amortissable : autant de situations qui nécessitent un traitement spécifique, sans remettre en cause le principe de l’amortissement linéaire. Bonne nouvelle : le Plan Comptable Général fournit un cadre clair pour ajuster vos écritures comptables tout en préservant la fiabilité de vos états financiers.
Cession d’immobilisation avant la fin du plan d’amortissement
Lorsqu’une immobilisation amortie de manière linéaire est cédée avant la fin de son plan d’amortissement, il faut d’abord mettre à jour son amortissement jusqu’à la date de cession. Concrètement, vous calculez une dotation complémentaire au prorata temporis, depuis le début de l’exercice jusqu’à la date de vente, afin d’actualiser la valeur nette comptable (VNC). Ensuite, vous sortez l’immobilisation de l’actif en créditant le compte d’immobilisation (215, 218…) pour sa valeur brute et en débitant le compte d’amortissement 28 pour le montant des amortissements cumulés.
La différence entre le prix de cession (enregistré au crédit du compte 775 « Produits de cession d’éléments d’actif ») et la valeur nette comptable constitue une plus-value ou une moins-value de cession. Cette dernière est enregistrée en compte 675 « Valeur comptable des éléments d’actif cédés » et impacte le résultat de l’exercice. L’amortissement linéaire cesse bien entendu à la date de cession : aucun amortissement ne doit être comptabilisé au-delà de cette date, même si le plan initial prévoyait encore plusieurs années de dotations.
Modification du plan suite à une dépréciation exceptionnelle
Il peut arriver qu’un actif amorti linéairement subisse une dépréciation exceptionnelle, par exemple en cas d’obsolescence technologique accélérée, de dommage important ou de changement profond dans les conditions de marché. Dans ce cas, le Plan Comptable Général prévoit la possibilité de constater une dépréciation (compte 29) et, le cas échéant, de revoir la durée d’utilisation restante. L’objectif est de faire en sorte que la somme des amortissements futurs et de la dépréciation reflète la nouvelle valeur recouvrable de l’actif.
La modification du plan d’amortissement linéaire intervient alors de manière prospective : à partir de l’exercice suivant, la base restant à amortir (valeur nette comptable après dépréciation) est répartie de façon constante sur la nouvelle durée estimée d’utilisation. On ne revient pas sur les amortissements antérieurs, mais on ajuste le rythme de consommation de l’actif pour les années à venir. Ce mécanisme permet de concilier le principe de prudence, en constatant rapidement la perte de valeur, et la continuité de la méthode d’amortissement linéaire pour le futur.
Régularisation des écritures d’amortissement erronées
Enfin, il n’est pas rare de découvrir, lors d’une révision ou d’un contrôle fiscal, qu’un amortissement linéaire a été mal calculé ou omis sur un exercice. Que faire dans ce cas ? La première étape consiste à reconstituer le plan d’amortissement théorique, année par année, en partant des données d’origine (valeur brute, valeur résiduelle éventuelle, durée, date de mise en service). Vous comparez ensuite ce plan avec les dotations effectivement passées au compte 6811 et les soldes des comptes 28, afin de mesurer l’écart cumulé.
La régularisation s’effectue, en général, de manière globale sur l’exercice en cours : vous comptabilisez une dotation complémentaire (ou une reprise, cas plus rare) pour aligner la valeur nette comptable réelle sur celle qui aurait dû résulter d’un amortissement linéaire correct. Cette écriture de rattrapage doit être soigneusement documentée (note de calcul, justification de l’erreur, impact sur les états financiers) afin de rassurer vos interlocuteurs (expert-comptable, commissaire aux comptes, administration fiscale). Une fois la correction opérée, le plan d’amortissement linéaire peut reprendre son cours normal pour les exercices suivants.